La question du retrait du revêtement kraft sur la laine de verre divise régulièrement les professionnels du bâtiment et les particuliers engagés dans des travaux d’isolation. Cette interrogation technique touche au cœur des performances thermiques et hygrométriques des matériaux isolants, avec des implications directes sur la durabilité et l’efficacité énergétique des bâtiments. Le kraft, ce revêtement papier présent sur une face de nombreux rouleaux de laine de verre, n’est pas un simple accessoire : il joue un rôle déterminant dans la gestion de la vapeur d’eau et la protection mécanique de l’isolant. Comprendre les critères techniques qui déterminent sa conservation ou son retrait permet d’optimiser les performances de l’isolation tout en respectant les exigences réglementaires actuelles.
Composition et rôle du papier kraft dans l’isolation thermique
Le papier kraft constitue bien plus qu’un simple emballage protecteur pour la laine de verre. Cette membrane multicouche intègre différents matériaux selon les fabricants et les gammes de produits, créant un système complexe aux propriétés hygrothermiques spécifiques. Sa composition influence directement les performances globales de l’isolant et détermine les conditions d’utilisation optimales.
Structure multicouche de la laine de verre isover et knauf
Les fabricants leaders comme Isover et Knauf développent des revêtements kraft aux compositions sophistiquées. La structure type comprend un papier kraft de base d’environ 70 g/m², parfois renforcé par des fibres de verre ou des filaments synthétiques pour améliorer la résistance mécanique. Cette base papier subit ensuite différents traitements selon l’usage prévu : imprégnation bitumineuse, métallisation aluminium ou application de résines spéciales.
L’épaisseur totale du revêtement varie généralement entre 0,1 et 0,3 mm, mais cette dimension apparemment négligeable masque une ingénierie complexe. Les couches successives créent une barrière sélective qui laisse passer certains flux tout en bloquant d’autres, selon les conditions hygrothermiques ambiantes. Cette perméabilité contrôlée représente l’un des défis majeurs de la conception moderne des isolants.
Propriétés pare-vapeur du kraft bitumé et kraft aluminium
Le kraft bitumé offre des propriétés pare-vapeur modérées, avec une valeur Sd (épaisseur d’air équivalente) généralement comprise entre 2 et 10 mètres selon l’épaisseur d’imprégnation. Cette configuration le positionne plutôt comme un frein-vapeur que comme un véritable pare-vapeur au sens strict de la réglementation. Le bitume apporte également une certaine souplesse au revêtement, facilitant la pose et réduisant les risques de déchirure.
Le kraft aluminium présente des caractéristiques radicalement différentes, avec des valeurs Sd dépassant souvent 100 mètres. Cette métallisation confère au revêtement de véritables propriétés de pare-vapeur, bloquant quasi-totalement les transferts de vapeur d’eau. L’aluminium apporte également des propriétés de réflexion du rayonnement thermique, créant un effet de barrière radiante particulièrement appréciable dans certaines configurations.
La différence entre frein-vapeur et pare-vapeur ne relève pas uniquement de la sémantique : elle détermine les conditions d’utilisation et les performances hygrothermiques de l’ensemble du
continu. Une laine de verre revêtue d’un simple kraft bitumé n’a pas le même comportement qu’un isolant habillé d’un kraft aluminium, et les règles de pose, elles aussi, changent.
En pratique, cela signifie que l’on ne décidera pas de retirer le kraft de la laine de verre de la même façon sur un isolant “frein-vapeur” (Sd 2 à 10 m) que sur un isolant véritablement pare-vapeur (Sd > 100 m). Dans un cas, le risque principal tient à une gestion imparfaite des flux de vapeur ; dans l’autre, à la création de doubles pare-vapeur piégeant l’humidité. C’est précisément là qu’intervient la notion de coefficient de résistance à la diffusion de vapeur d’eau.
Coefficient de résistance à la diffusion de vapeur d’eau (μ)
Le comportement hygrothermique d’un complexe laine de verre + kraft se mesure notamment au travers du coefficient de résistance à la diffusion de vapeur d’eau, noté μ. Ce coefficient exprime combien de fois le matériau freine la vapeur par rapport à l’air immobile. Plus μ est élevé, plus le matériau s’oppose au passage de la vapeur d’eau. Pour un papier kraft non bitumé, μ reste modéré (de l’ordre de 10 à 20), alors que l’imprégnation bitumineuse ou la métallisation peuvent faire grimper cette valeur à plusieurs centaines, voire davantage pour un kraft alu.
En pratique, on ne travaille pas seulement avec μ, mais avec l’épaisseur d’air équivalente Sd, obtenue en multipliant μ par l’épaisseur en mètres du revêtement. Pour un kraft bitumé de 0,2 mm avec un μ moyen de 10 000, on atteint ainsi un Sd proche de 2 m. À l’inverse, un revêtement aluminisé de même épaisseur mais avec un μ de 1 000 000 peut présenter un Sd supérieur à 200 m, soit un véritable pare-vapeur. Vous comprenez alors pourquoi un “simple” papier collé sur votre laine de verre n’a pas du tout le même effet selon sa composition.
Dans une paroi de toiture ou de mur, on cherche à organiser une progressivité de ces résistances à la vapeur du côté intérieur vers l’extérieur. Un revêtement kraft trop bloquant placé au mauvais endroit peut rompre cet équilibre et générer de la condensation dans l’épaisseur de la paroi. C’est précisément l’une des raisons qui peuvent justifier d’enlever le kraft de la laine de verre, ou au minimum de le lacérer, lorsqu’il vient perturber la migration naturelle de la vapeur d’eau.
Impact sur la conductivité thermique lambda (λ) de l’isolant
Sur le plan strictement thermique, le kraft a un impact très limité sur la conductivité thermique λ de la laine de verre. Les fiches techniques Isover et Knauf indiquent généralement un λ identique pour un même isolant, qu’il soit nu ou revêtu kraft. L’épaisseur de papier, de bitume ou d’aluminium reste trop faible pour modifier sensiblement la résistance thermique R de l’isolant, qui dépend avant tout de l’épaisseur et de la structure fibreuse de la laine.
Faut-il en déduire que le kraft est neutre pour les performances thermiques ? Pas complètement. Indirectement, la bonne gestion de la vapeur d’eau conditionne le maintien d’une laine sèche dans le temps, et donc la conservation de son λ initial. Une laine de verre humidifiée peut voir sa conductivité thermique s’envoler de 10 à 30 %, annihilant en partie le gain de performance visé. En ce sens, un revêtement kraft bien positionné et bien géré contribue à maintenir la valeur isolante théorique, là où un kraft mal utilisé pourrait, au contraire, favoriser les désordres.
On peut comparer cela à un anorak : la couche d’isolant (laine de verre) assure la chaleur, tandis que la membrane extérieure (kraft, pare-vapeur) gère le vent et l’humidité. Si la membrane est mal placée ou percée au mauvais endroit, ce n’est pas l’épaisseur de la doudoune qui vous sauvera du froid. De la même manière, conserver ou enlever le kraft de la laine de verre doit s’apprécier à l’échelle du système complet, et non du seul chiffre de conductivité thermique.
Critères techniques déterminant le retrait du kraft
Décider d’enlever le kraft de la laine de verre n’est jamais anodin. Au-delà du simple confort de pose, cette décision doit s’appuyer sur une analyse technique rigoureuse de la paroi : nature du support, exposition, ventilation, présence de membranes complémentaires… C’est notamment le rôle des règles professionnelles et des Documents Techniques Unifiés (DTU) de guider ces choix, en particulier le DTU 45.10 consacré à l’isolation thermique des bâtiments.
Analyse hygrothermique selon le DTU 45.10
Le DTU 45.10 insiste sur la nécessité de raisonner en paroi complète, et non matériau par matériau, lorsqu’on traite de diffusion de vapeur d’eau. Avant de décider d’enlever le kraft d’une laine de verre existante ou neuve, il convient d’évaluer le chemin de la vapeur depuis l’ambiance intérieure jusqu’à l’extérieur. Cette analyse hygrothermique peut rester qualitative sur de petits chantiers, ou s’appuyer sur des logiciels de simulation (type WUFI) pour les cas sensibles.
Le DTU rappelle notamment l’obligation de positionner un frein-vapeur ou un pare-vapeur côté intérieur de l’isolation dans de nombreuses configurations de toitures et de murs. Si la laine de verre est déjà revêtue d’un kraft pare-vapeur et qu’une membrane pare-vapeur continue est en plus prévue, une double barrière risque de piéger l’humidité. Dans ce cas, deux options sont possibles : soit la membrane principale est supprimée au profit du seul kraft (solution rarement idéale car l’étanchéité à l’air serait médiocre), soit l’on neutralise le kraft en le retirant ou en le lacérant fortement.
L’analyse hygrothermique prend aussi en compte la présence éventuelle d’un écran de sous-toiture ou d’un pare-pluie côté extérieur. Un écran HPV (hautement perméable à la vapeur) n’a pas les mêmes conséquences qu’un film ancien faiblement perméable. Mettre bout à bout ces différentes résistances à la vapeur permet de repérer d’éventuelles “poches de condensation” potentielles. C’est précisément pour éviter cette situation que le retrait du kraft de la laine de verre est parfois préconisé dans les combles aménagés anciens ou lors de rénovations complexes.
Positionnement côté chaud versus côté froid de l’isolation
Une règle simple, souvent rappelée mais pas toujours respectée, veut que le revêtement kraft soit placé du côté chaud de la paroi, c’est-à-dire côté intérieur chauffé. Cette position limite la quantité de vapeur d’eau qui pénètre dans la laine de verre. Lorsque, par erreur ou par méconnaissance, le kraft est tourné côté froid (vers la toiture ou l’extérieur), on inverse totalement le fonctionnement prévu, avec un risque élevé de condensation interne. Dans ce cas précis, la question n’est plus “faut-il enlever le kraft ?” mais plutôt “comment corriger sans tout déposer ?”.
Dans de nombreuses discussions de forum et retours de chantier, une solution empirique revient : lacérer le kraft à l’aide d’un cutter tous les 2 à 3 cm, ou réaliser une dizaine d’incisions par mètre carré. L’objectif est d’anéantir la fonction pare-vapeur du kraft côté froid tout en conservant sa fonction mécanique de maintien de la laine entre chevrons. Techniquement, cette solution revient à “enlever” le kraft du point de vue de la diffusion de vapeur, sans l’arracher physiquement. C’est un compromis intéressant lorsque l’accès est compliqué ou que l’on souhaite limiter les démontages.
À l’inverse, lorsque la laine de verre est posée en deux couches croisées, la présence d’un kraft intermédiaire entre les couches n’est en général pas souhaitable. On évite de créer un plan relativement étanche qui pourrait emprisonner l’humidité entre les deux épaisseurs. Dans ce cas, conserver le kraft côté intérieur (face visible) et l’enlever ou le lacérer sur la première couche entre chevrons constitue souvent la meilleure stratégie.
Compatibilité avec les membranes d’étanchéité DELTA et tyvek
Les membranes d’étanchéité à l’air et à la vapeur de marques comme DELTA ou Tyvek jouent aujourd’hui un rôle central dans les parois performantes. Leur Sd est précisément maîtrisé, et leur pose continue, avec joints collés, garantit une étanchéité à l’air bien supérieure à celle que peut offrir un simple kraft. Lorsque vous prévoyez l’installation d’une telle membrane, la question du maintien ou du retrait du kraft de la laine de verre devient cruciale pour éviter les doubles pare-vapeur.
Les fabricants de membranes recommandent, dans la plupart des cas, de considérer le kraft de la laine de verre comme un élément secondaire. La membrane DELTA ou Tyvek joue alors le rôle de pare-vapeur ou de frein-vapeur principal, posé en continu côté chaud. Dans ce schéma, deux configurations sont possibles : utiliser une laine nue (sans kraft), ou utiliser une laine revêtue kraft mais dont le revêtement aura été neutralisé (lacéré) pour ne plus jouer de rôle significatif sur le plan hygrothermique. L’important est de conserver une hiérarchie claire : un seul élément assure la fonction de barrière à la vapeur.
Du côté extérieur, les écrans de sous-toiture et pare-pluie de ces mêmes marques sont généralement hautement perméables à la vapeur (HPV), avec des valeurs Sd inférieures à 0,05 m. Ils laissent donc la paroi “sécher” vers l’extérieur. Associer un écran HPV extérieur, une laine de verre dont le kraft a été désactivé, et un frein-vapeur hygrovariable Tyvek ou DELTA côté intérieur constitue par exemple une configuration très performante. Retirer ou lacérer le kraft dans ce cas n’est pas une perte, mais une condition pour que la membrane principale travaille correctement.
Réglementation RT 2012 et exigences RE 2020
Les réglementations thermiques récentes, de la RT 2012 à la RE 2020, n’imposent pas directement d’enlever ou non le kraft de la laine de verre. En revanche, elles exigent un niveau élevé de performance globale, tant sur le plan énergétique que sur le plan sanitaire et de la durabilité. Cela se traduit par des obligations de résultat en termes de consommation, de confort d’été et, de plus en plus, d’étanchéité à l’air et de gestion de l’humidité.
Dans ce contexte, s’appuyer uniquement sur le kraft de la laine de verre comme “pare-vapeur” est devenu insuffisant sur les bâtiments neufs et les rénovations performantes. Les tests de perméabilité à l’air imposés par la RT 2012, et encore plus la RE 2020, montrent qu’il est quasiment impossible d’atteindre les objectifs sans une membrane d’étanchéité à l’air continue, parfaitement raccordée aux menuiseries et au gros œuvre. Le kraft d’un isolant en rouleau, interrompu à chaque jonction, ne peut pas remplir ce rôle. C’est ce décalage qui pousse de plus en plus à considérer le kraft comme un plus éventuel, mais à ne jamais le considérer comme la barrière principale.
La RE 2020 introduit en outre une réflexion plus poussée sur la pérennité des performances et le confort d’été. Une paroi dont la gestion de la vapeur est mal maîtrisée se dégrade plus vite, perd ses qualités isolantes et peut générer des pathologies (moisissures, odeurs, qualité de l’air intérieur). Enlever le kraft de la laine de verre, ou du moins le neutraliser, fait partie des leviers pratiques pour fiabiliser le comportement hygrothermique lorsque l’on met en place un système de membranes moderne et conforme aux exigences réglementaires actuelles.
Techniques de dépose du revêtement kraft sur isolants fibreux
Une fois la décision prise de retirer ou neutraliser le revêtement kraft, encore faut-il savoir comment procéder concrètement. Selon que la laine de verre est déjà posée ou encore en rouleaux, selon que vous intervenez en construction neuve ou en rénovation, les techniques de dépose du kraft ne seront pas les mêmes. L’objectif reste toutefois identique : supprimer la fonction pare-vapeur du kraft tout en préservant l’intégrité mécanique et la performance thermique de la laine.
Sur un isolant encore en rouleau, la méthode la plus simple consiste à arracher le kraft avant la pose. Certains revêtements se décollent relativement facilement à la main, surtout lorsqu’ils ne sont pas fortement bitumés. D’autres, au contraire, adhèrent fortement à la laine de verre. Dans ce cas, on peut opter pour un compromis : découper de larges bandes de kraft en laissant seulement quelques centimètres de chaque côté pour maintenir l’isolant lors de la manipulation et de la mise en œuvre. Vous conservez ainsi une certaine tenue sans pour autant maintenir une surface pare-vapeur continue.
Lorsque la laine de verre est déjà en place, par exemple entre chevrons dans des combles, l’arrachage complet du kraft devient souvent irréaliste. On privilégie alors la technique de la lacération au cutter. Le principe est de pratiquer un maillage de fentes rapprochées (tous les 2 à 3 cm dans les deux sens) sur toute la surface. Ce quadrillage détruit la continuité du film pare-vapeur et permet à la vapeur d’eau de traverser librement. Même si quelques morceaux de kraft subsistent, ils ne constituent plus une barrière significative.
Dans les configurations les plus délicates (accès réduit, isolant ancien fragilisé, risques de poussières importants), l’intervention d’un professionnel équipé peut s’avérer préférable. Un artisan habitué à la rénovation d’isolation pourra combiner dépose partielle de laine, mise en place d’un nouvel isolant nu plus performant, et pose d’une membrane d’étanchéité à l’air adaptée. Vous évitez ainsi les dégradations inutiles, les blessures liées aux fibres irritantes et, surtout, les erreurs de détail qui peuvent anéantir le bénéfice thermique de vos travaux.
Conséquences thermiques et hygrométriques du retrait kraft
Vous vous demandez peut-être : que se passe-t-il réellement une fois le kraft retiré ou lacéré ? Contrairement à une idée reçue, on ne “déshabille” pas complètement la laine de verre sur le plan thermique. Comme évoqué plus haut, la conductivité λ de l’isolant reste identique, que le kraft soit présent ou non. Les différences se jouent plutôt sur la capacité de la paroi à gérer les flux de vapeur dans le temps, et donc sur la stabilité des performances.
Sans revêtement kraft, la laine de verre devient plus perméable à la vapeur d’eau. Si aucun autre pare-vapeur ou frein-vapeur n’est mis en œuvre côté intérieur, la vapeur issue de l’ambiance se diffusera plus facilement dans l’épaisseur de l’isolant. Dans certains cas (murs respirants, parois anciennes en pierre avec enduits perspirants), cette configuration peut rester acceptable, voire souhaitable. Dans d’autres (toitures froides mal ventilées, murs avec pare-pluie peu perméable), l’absence de contrôle de la vapeur peut conduire à des condensations interstitielles, invisibles au début mais destructrices à long terme.
On peut comparer la situation à un vêtement technique : retirer la membrane coupe-vent et imperméable ne vous empêche pas d’avoir un pull chaud, mais modifie complètement la gestion de la transpiration et de l’humidité. Dans un climat doux et sec, ce n’est pas forcément un problème ; dans un environnement froid et humide, cela peut rapidement devenir inconfortable, voire dangereux. De la même façon, enlever le kraft de la laine de verre doit toujours s’accompagner d’une réflexion globale sur la paroi et, le plus souvent, de la mise en place d’une membrane plus performante et mieux positionnée.
Du point de vue hygrométrique, le retrait du kraft peut aussi présenter un avantage décisif lorsqu’il permet d’éliminer une barrière parasite côté froid ou un double pare-vapeur. En supprimant cette barrière, on restaure un gradient de perméabilité plus cohérent, ce qui facilite le séchage des parois. C’est notamment le cas dans de nombreux chantiers de rénovation de combles où l’on découvre une laine de verre ancienne, kraft vers la toiture, surmontée d’un écran de sous-toiture peu perméable. Neutraliser le kraft dans ce cas permet à la vapeur de migrer plus librement vers l’extérieur, limitant les risques de condensation piégée.
Applications spécifiques selon les ouvrages d’isolation
La réponse à la question “faut-il enlever le kraft de la laine de verre ?” varie fortement selon l’ouvrage concerné. Un comble perdu, un rampant de toiture ou un mur intérieur n’obéissent ni aux mêmes contraintes, ni aux mêmes règles de l’art. Passons en revue quelques cas typiques pour guider vos choix.
Dans les combles perdus, la laine de verre est souvent déroulée sur le plancher, kraft vers le bas, c’est-à-dire côté chaud. Si vous ajoutez une deuxième couche d’isolant croisée par-dessus, il est généralement recommandé que cette seconde couche soit sans kraft, afin de ne pas créer de pare-vapeur au milieu de l’isolant. Si vous ne disposez que de rouleaux avec kraft, la solution consiste là encore à lacérer ou retirer le revêtement de la deuxième couche. Le pare-vapeur principal reste alors le kraft de la première couche ou, mieux, une membrane indépendante posée au niveau du plafond.
Pour les combles aménagés et rampants de toiture, la configuration est plus délicate. Entre chevrons, la première couche d’isolant est parfois livrée avec kraft pour faciliter l’agrafage. Dès lors que vous prévoyez une seconde couche croisée, plus épaisse, et une membrane d’étanchéité à l’air intérieure, la logique veut que le kraft de la première couche soit neutralisé (lacéré) ou simplement remplacé par une laine nue. Vous évitez ainsi d’avoir deux couches “actives” (kraft + membrane) à quelques centimètres d’intervalle, situation propice aux condensations interstitielles.
Dans les murs intérieurs et cloisons de distribution, la fonction du kraft est avant tout mécanique et acoustique. La gestion de la vapeur d’eau y est moins critique car ces parois ne séparent pas un volume chauffé d’un volume extérieur froid. Dans ce cas, conserver le kraft n’est généralement pas problématique, et son retrait ne se justifie que pour des raisons de compatibilité avec un système de parement spécifique. En revanche, pour les murs donnant sur l’extérieur, surtout en ossature bois, la stratégie change : le choix entre kraft, membrane indépendante, ou paroi perspirante doit être pensé en coordination avec la composition complète du mur (pare-pluie, parement extérieur, ventillation de lame d’air, etc.).
Enfin, dans le cas particulier des rénovations lourdes où l’on retire une ancienne laine de verre tassée, humide ou contaminée par les rongeurs, la question du kraft se pose souvent en même temps que celle du renouvellement complet de l’isolant. Ici, la solution la plus fiable consiste à repartir sur une base saine : nouvelle laine de verre nue ou faiblement revêtue, complétée par un système de membranes modernes, soigneusement posées et raccordées. Le débat “enlever ou non le kraft” trouve alors une réponse claire : mieux vaut concevoir un système cohérent et durable que de s’accommoder de contraintes héritées d’anciens produits et d’anciennes pratiques.
