Peut-on combiner laine de bois et laine de verre ?

# Peut-on combiner laine de bois et laine de verre ?

Dans le domaine de l’isolation thermique des bâtiments, la question de combiner différents matériaux isolants suscite régulièrement l’intérêt des professionnels et des particuliers engagés dans des projets de rénovation énergétique. La laine de bois et la laine de verre figurent parmi les isolants les plus répandus sur le marché français, chacun présentant des caractéristiques distinctes. Alors que la laine de verre domine historiquement le secteur grâce à son rapport qualité-prix avantageux, la laine de bois gagne progressivement du terrain en raison de ses qualités écologiques et de son excellent comportement face à la chaleur estivale. Cette dynamique pousse de nombreux acteurs du bâtiment à s’interroger sur la pertinence d’associer ces deux isolants au sein d’un même système constructif. Cette approche mixte pourrait-elle offrir le meilleur des deux mondes, en combinant performances hivernales et confort d’été tout en maîtrisant les coûts ?

Propriétés thermiques et acoustiques comparées de la laine de bois et de la laine de verre

La compréhension approfondie des caractéristiques techniques de chaque isolant constitue le fondement de toute réflexion sur leur association potentielle. Ces deux matériaux présentent des profils de performance distincts qui méritent une analyse détaillée avant d’envisager leur combinaison dans un système d’isolation bicouche.

Coefficient de conductivité thermique lambda (λ) des deux isolants

Le coefficient lambda représente la capacité d’un matériau à conduire la chaleur, exprimé en W/(m.K). Plus cette valeur est faible, meilleure est la performance isolante. La laine de verre affiche généralement un lambda compris entre 0,032 et 0,040 W/(m.K), avec des produits haut de gamme atteignant 0,030 W/(m.K). De son côté, la laine de bois présente un lambda légèrement supérieur, oscillant entre 0,036 et 0,046 W/(m.K) selon sa densité et son procédé de fabrication. Cette différence, bien que modeste, signifie qu’à épaisseur égale, la laine de verre offre une résistance thermique R légèrement supérieure. Pour compenser cet écart, vous devrez prévoir environ 10 à 15% d’épaisseur supplémentaire avec la laine de bois pour obtenir une résistance thermique équivalente. Par exemple, 20 cm de laine de verre à λ=0,035 W/(m.K) procurent un R de 5,7 m².K/W, tandis qu’il faudra environ 22 cm de laine de bois à λ=0,038 W/(m.K) pour atteindre un R similaire de 5,8 m².K/W.

Performance en déphasage thermique pour le confort d’été

Le déphasage thermique mesure le temps nécessaire à la chaleur pour traverser un matériau isolant, un critère déterminant pour le confort estival. C’est précisément sur ce point que la laine de bois surpasse nettement la laine de verre. Avec une densité comprise entre 40 et 55 kg/m³ pour les panneaux semi-rigides, et jusqu’à 160-180 kg/m³ pour les panneaux rigides destinés à l’isolation par l’extérieur, la laine de bois offre un déphasage de 10 à 12 heures selon l’épaisseur mise en œuvre. La laine de verre, avec sa densité plus faible (entre 12 et 35

kg/m³ selon les gammes), présente une capacité de stockage de chaleur plus limitée. À résistance thermique équivalente, une paroi isolée en fibre de bois retardera donc davantage l’entrée de la chaleur en été qu’une paroi isolée uniquement en laine de verre. C’est la raison pour laquelle, dans une logique d’isolation mixte, on positionne en général la laine de bois côté extérieur ou côté froid de la paroi, afin de profiter au maximum de ce déphasage thermique tout en laissant à la laine minérale le rôle principal sur la performance hivernale.

Indice d’affaiblissement acoustique rw en décibels

Sur le plan acoustique, la comparaison entre laine de bois et laine de verre est plus nuancée. L’affaiblissement acoustique d’une paroi (indice Rw, en dB) dépend à la fois du type d’isolant, de sa densité, de son épaisseur, mais aussi des parements (plaques de plâtre, bardage, maçonnerie). De manière générale, plus l’isolant est lourd et fibreux, plus il est performant contre les bruits aériens. La laine de bois, avec des densités de 40 à 60 kg/m³ pour les panneaux semi‑rigides, apporte souvent un léger avantage en acoustique par rapport à une laine de verre légère autour de 12 à 20 kg/m³.

Dans les systèmes de cloisons ou de doublages, cet avantage se traduit typiquement par 1 à 3 dB de gain sur un complexe bien conçu. Cela peut sembler marginal, mais sur le terrain, cette différence contribue à un confort phonique plus « feutré », en particulier contre les bruits de voix et de télévision. À l’inverse, certaines laines de verre de forte densité, prévues pour l’acoustique, peuvent rivaliser avec la fibre de bois. Dans une configuration mixte, placer la laine de bois au contact de la paroi lourde (brique, béton, pierre) et la laine de verre côté intérieur permet de cumuler une bonne isolation phonique et une excellente performance thermique.

Capacité hygroscopique et régulation de l’humidité

La capacité hygroscopique désigne la faculté d’un matériau à absorber et restituer une partie de l’humidité ambiante sans se dégrader. Sur ce point, la laine de bois se distingue clairement de la laine de verre. Grâce à sa nature biosourcée et à sa structure fibreuse, la fibre de bois peut tamponner ponctuellement une fraction de la vapeur d’eau présente dans l’air intérieur, puis la restituer progressivement. Ce « tampon hygrométrique » contribue à limiter les pics d’humidité dans les logements, ce qui est particulièrement intéressant dans les maisons anciennes en pierre ou en briques capillaires.

La laine de verre, de son côté, est considérée comme peu hygroscopique : elle ne stocke quasiment pas d’eau, ce qui est un avantage en cas de condensation accidentelle (l’isolant sèche plus vite si la paroi est correctement ventilée). Cependant, en l’absence de pare‑vapeur bien positionné, elle peut perdre une partie de ses performances si elle se gorge d’eau. Dans un système mixte laine de bois / laine de verre, il est donc capital de penser la gestion de la vapeur d’eau à l’échelle de l’ensemble de la paroi : la fibre de bois n’a pas vocation à « corriger » une mauvaise conception hygrothermique, mais à l’accompagner. Vous le verrez plus loin, tout se joue dans l’enchaînement des couches et la position des membranes pare‑vapeur ou frein‑vapeur.

Compatibilité technique entre laine de bois et laine de verre dans un même système d’isolation

Associer deux isolants de nature différente dans une même paroi n’est pas anodin. On ne parle pas seulement de superposer deux couches au hasard, mais bien de composer un « sandwich » de matériaux qui devront, ensemble, gérer la chaleur, la vapeur d’eau et les efforts mécaniques, parfois pendant 50 ans ou plus. Avant de décider si vous pouvez combiner laine de bois et laine de verre, il faut donc s’intéresser à trois aspects essentiels : la diffusion de vapeur, la densité/poids et la compatibilité des épaisseurs avec le support existant.

Comportement à la diffusion de vapeur d’eau et risque de condensation interstitielle

La vapeur d’eau circule à travers les parois par diffusion et, dans une moindre mesure, par convection d’air parasite. Chaque matériau oppose plus ou moins de résistance à ce flux, caractérisée par son facteur de résistance à la diffusion μ et son équivalent en épaisseur d’air Sd. La laine de bois et la laine de verre sont toutes deux relativement perméables à la vapeur d’eau, mais leur position dans la paroi, combinée aux membranes (pare‑vapeur, frein‑vapeur, écran HPV), va déterminer le risque de condensation interstitielle.

Le principe à respecter, en particulier dans une paroi perspirante, est simple à retenir : la paroi doit être plus fermée à la vapeur côté chaud (intérieur) et de plus en plus ouverte côté froid (extérieur), ou bien clairement coupée par un pare‑vapeur efficace côté intérieur et protégée par un écran HPV côté extérieur. Dans un assemblage bicouche, placer la laine de verre côté intérieur et la laine de bois côté extérieur est généralement cohérent : on a souvent un pare‑vapeur continu côté laine minérale, puis une fibre de bois plus ouverte à la diffusion vers l’extérieur. L’inverse (laine de bois intérieur, laine de verre extérieur) demande une étude hygrothermique plus poussée, car l’humidité pourrait se retrouver piégée dans l’isolant.

Concrètement, si vous superposez laine de bois et laine de verre sans réflexion sur la migration de vapeur, vous risquez de créer une zone de condensation entre les deux couches ou sur la face froide de l’isolant le plus fermé. Cette condensation, invisible, peut à terme dégrader les performances thermiques, favoriser les moisissures, voire altérer une ossature bois. Pour sécuriser votre projet, un calcul de type Glaser ou, mieux, une simulation dynamique (Wufi, Ubakus, etc.) est recommandé dès que les configurations deviennent complexes (toiture ancienne, écran bitumé non HPV, murs en pierre, etc.).

Différences de densité et implications structurelles sur les parois

La densité est un autre paramètre clé lorsque l’on envisage une isolation mixte. Un panneau de laine de verre en doublage intérieur tourne souvent autour de 12 à 25 kg/m³, alors qu’un panneau semi‑rigide de laine de bois est plutôt à 40–60 kg/m³, et un panneau rigide de sarking ou d’ITE atteint facilement 110 à 180 kg/m³. Cette différence de masse volumique a deux conséquences directes : la charge permanente appliquée à la structure et le comportement mécanique de la paroi.

Sur une toiture existante, par exemple, ajouter une couche de fibre de bois rigide de 200 mm en sarking représente un poids conséquent. La charpente doit être dimensionnée en conséquence, en tenant compte de la charge totale (tuiles ou ardoises, écran de sous‑toiture, isolants, contre‑lattage, neige éventuelle). À l’inverse, une laine de verre complémentaire en sous‑face, même épaisse, ajoute relativement peu de poids. Dans un système mixte toiture, la solution courante consiste donc à placer la laine de bois à l’extérieur (sarking) pour le déphasage et l’inertie, puis une laine de verre plus légère côté intérieur pour compléter le R sans surcharger la structure.

En murs ossature bois, la densité influence aussi la tenue dans le temps : une laine de bois trop lourde posée verticalement sans appuis intermédiaires peut se tasser. Superposer une laine de verre légère derrière une fibre de bois plus dense est possible, mais nécessite un calepinage soigné, des entretoises ou lisses de reprise et parfois des filets de maintien. Avant de valider un système mixte, demandez toujours au fabricant ou à votre bureau d’études la charge maximale admissible et les préconisations de pose pour éviter tout tassement différentiel.

Compatibilité des épaisseurs selon les supports (ossature bois, mur béton, combles)

La question des épaisseurs disponibles est souvent le point de départ d’un projet d’isolation : combien de centimètres pouvez-vous réellement consacrer à l’isolant, sans empiéter exagérément sur les volumes habitables ou sur l’aspect extérieur ? C’est là que la combinaison laine de bois / laine de verre peut devenir intéressante, à condition de respecter les contraintes du support. Sur une ossature bois de 145 mm, par exemple, on peut envisager 120 mm de laine de verre entre montants et 40 à 60 mm de laine de bois en doublage intérieur ou extérieur, tout en respectant un R global supérieur à 4,5 ou 5 m².K/W pour les murs.

Sur un mur béton ou parpaing isolé par l’intérieur, l’épaisseur totale du doublage est souvent limitée pour des raisons de surface habitable. Dans ce cas, une âme en laine de verre à λ performant (0,032–0,035) permet de maximiser le R avec une faible épaisseur, tandis qu’une mince couche de laine de bois côté intérieur (ou éventuellement côté extérieur en ITE) améliore l’inertie et le confort d’été. En combles aménagés, la contrainte principale est la hauteur sous rampant : placer une laine de bois entre chevrons (50–60 mm) puis un complément en laine de verre en sous‑face (200–260 mm) reste une solution couramment mise en œuvre, comme en témoignent de nombreux retours d’expérience sur les forums spécialisés.

Gestion des ponts thermiques aux jonctions entre les deux matériaux

Un système mixte n’a de sens que si la continuité de l’isolation est assurée. À chaque changement de matériau, vous créez potentiellement un pont thermique linéique (en pied de mur, en liaison mur/toiture, autour des menuiseries). L’un des grands atouts de la fibre de bois en panneaux rigides est justement de pouvoir traiter ces zones sensibles en recouvrement, comme une « enveloppe » continue qui vient compléter une isolation principale en laine de verre située entre montants ou entre solives.

En pratique, il faut veiller à croiser les joints entre panneaux de bois et lés de laine minérale, limiter les interruptions d’isolant au droit des lisses, poutres et linteaux, et traiter soigneusement les raccords avec les menuiseries (tablettes, tapées, bavettes). Une isolation bicouche bien conçue permet même de réduire certains ponts thermiques qu’une isolation mono‑matériau ne corrige pas toujours. Gardez en tête cette image : l’isolant principal (souvent la laine de verre) forme le « garnissage » de base, et la laine de bois vient ensuite comme un manteau continu qui couvre les défauts et les discontinuités, tant sur le plan thermique qu’acoustique.

Configurations d’assemblage bicouche laine de bois et laine de verre

Maintenant que les principes techniques sont posés, comment se traduisent‑ils concrètement sur un chantier ? Plusieurs configurations reviennent régulièrement dans les rénovations et constructions neuves : isolation par l’extérieur des murs, sarking de toiture, doublage intérieur de rampants, etc. Dans chacune d’elles, la question centrale reste la même : dans quel ordre disposer la laine de bois et la laine de verre pour optimiser l’isolation thermique tout en limitant les risques de condensation et les contraintes de mise en œuvre.

Isolation par l’extérieur avec panneau rigide pavatex ou steico en première couche

En isolation thermique par l’extérieur (ITE), les panneaux rigides de fibre de bois de marques comme Pavatex, Steico, Gutex, Isonat, sont souvent utilisés comme isolant principal ou comme complément d’inertie. Dans une configuration mixte, il est tout à fait possible de conserver une isolation intérieure existante en laine de verre (doublage sur ossature métallique, par exemple) et de rajouter à l’extérieur une couche de fibre de bois sous enduit ou sous bardage ventilé. Cette stratégie permet de monter significativement le R sans entrer dans un chantier lourd à l’intérieur, tout en améliorant grandement le confort d’été.

Le complexe type ressemble alors à ceci : mur porteur (brique, parpaing, pierre), doublage intérieur existant en laine de verre + pare‑vapeur + plaque de plâtre, puis, côté extérieur, panneaux rigides de fibre de bois de 60 à 160 mm fixés mécaniquement, pare‑pluie ou enduit, et enfin finition (enduit mince armé, bardage bois ou fibres‑ciment). La laine de bois joue le rôle de manteau perspirant, protégé des intempéries, tandis que la laine de verre continue de fournir une isolation thermique performante en hiver. Cette solution doit néanmoins être validée au cas par cas, notamment sur bâti ancien humide, car elle modifie fortement le comportement hygrothermique du mur.

Système double isolation mur: laine de verre isover entre montants et laine de bois en sarking

Sur une maison neuve ou une rénovation lourde avec charpente apparente, une configuration fréquente consiste à combiner une isolation intérieure entre montants (souvent en laine de verre Isover, Knauf ou Rockwool) et une isolation extérieure de toiture en sarking avec panneaux de fibre de bois. Concrètement, la laine de verre est posée entre chevrons ou dans une ossature rapportée, côté intérieur, avec un frein‑vapeur ou pare‑vapeur continu, puis la charpente reçoit, par-dessus les chevrons, un lit de panneaux de fibre de bois haute densité (Pavaflex, Steico Therm, Steico Intégral, etc.) avant la mise en œuvre du contre‑lattage et de la couverture.

Ce système bicouche présente plusieurs avantages : la laine de verre assure un excellent R à coût maîtrisé, le sarking en fibre de bois limite très fortement les ponts thermiques au niveau des chevrons et augmente le déphasage. De plus, la charpente se trouve protégée en continu du froid et des chocs thermiques, ce qui améliore sa durabilité. Là encore, l’élément déterminant pour la compatibilité est la gestion de la vapeur : pare‑vapeur intérieur bien posé, écran de sous‑toiture HPV côté extérieur, et éventuelle étude hygrothermique si l’on travaille sur une toiture existante avec ancien écran bitumineux non respirant.

Isolation de toiture avec laine de verre knauf en sous-rampants et fibre de bois en complément

Dans les combles aménagés, nombreux sont les particuliers qui souhaitent profiter du confort d’été de la fibre de bois sans pour autant repartir de zéro sur une isolation en laine de verre déjà en place. Une solution réaliste consiste à compléter l’isolant existant avec une couche de laine de bois en sous‑face, côté intérieur. Par exemple, vous pouvez conserver 200 mm de laine de verre Knauf entre chevrons et ajouter 60 à 80 mm de panneaux semi‑rigides de fibre de bois fixés sur une ossature secondaire (fourrures + suspentes spécifiques ou tasseaux bois), avant la pose d’un frein‑vapeur continu et d’un parement (BA13 ou lambris).

Dans cette configuration, l’ordre des couches (de l’extérieur vers l’intérieur) est primordial : couverture + éventuel écran de sous‑toiture, lame d’air ventilée, laine de verre entre chevrons, laine de bois continue sous chevrons, frein‑vapeur hygrovariable côté intérieur, parement. Vous cumulez ainsi l’excellent R de la laine de verre en hiver et le bon déphasage de la fibre de bois en été, tout en améliorant l’acoustique de la toiture. Attention toutefois : il faut vérifier l’état de l’isolant existant (pas de tassement massif, pas d’humidité récurrente) et s’assurer que la toiture dispose bien d’une lame d’air ventilée ou d’un écran HPV, faute de quoi une étude spécifique s’impose pour éviter tout risque de condensation.

Respect des normes DTU et réglementation RE2020 pour les systèmes mixtes

Même si aucune réglementation n’interdit explicitement de combiner laine de bois et laine de verre, vous devez impérativement respecter les règles de l’art définies par les DTU, les Avis Techniques et la réglementation thermique en vigueur (RE2020 pour le neuf, exigences de performance pour la rénovation). Ces textes ne se contentent pas de fixer des niveaux de résistance thermique : ils encadrent aussi la mise en œuvre, la position des membranes et les contrôles de performance, autant d’éléments critiques lorsqu’on travaille avec un système d’isolation mixte.

Exigences du DTU 45.11 sur la pose croisée des isolants

Le NF DTU 45.11 traite de l’isolation des combles perdus par soufflage de laines minérales ou de ouate de cellulose. Même s’il ne vise pas directement la laine de bois, il rappelle des principes transposables dans le cas d’isolations bicouches : continuité de l’isolant, absence de compression excessive, respect des épaisseurs nominales, traitement des points singuliers. Pour les rampants et murs, d’autres DTU (45.10 pour les laines minérales en parois, 31.2 pour les maisons à ossature bois) insistent sur l’importance de la pose croisée des isolants et du non alignement des joints pour limiter les fuites d’air parasites et les ponts thermiques.

Dans un système mélangeant laine de bois et laine de verre, ces recommandations prennent tout leur sens : les panneaux de fibre de bois viendront idéalement en seconde couche, à joints décalés par rapport à la première couche de laine minérale. Les fabricants de laine de bois préconisent d’ailleurs généralement une mise en œuvre en deux couches croisées lorsque les épaisseurs dépassent 160 à 200 mm, afin d’éviter les faiblesses au droit des joints. Respecter ces règles n’est pas qu’une question de conformité administrative : cela conditionne directement la performance réelle de votre isolation une fois le chantier terminé.

Calcul du coefficient ubat avec double matériau selon les CCTP

Sur le plan réglementaire, qu’il s’agisse de RT2012, de RE2020 ou d’un audit énergétique en rénovation, le calcul de la performance thermique d’une paroi ne se fait pas « à l’œil ». Le coefficient de transmission surfacique U (en W/m².K) doit intégrer l’ensemble des couches composant la paroi, y compris lorsque plusieurs isolants sont superposés. Dans un CCTP (Cahier des Clauses Techniques Particulières), le bureau d’études indiquera très précisément l’épaisseur et le lambda retenus pour chaque matériau. Le R total de la paroi sera la somme des résistances de chaque couche, et le Ubat sera l’inverse de cette somme (en incluant les résistances superficielles intérieures et extérieures).

Concrètement, si vous avez 140 mm de laine de verre (λ = 0,035) et 60 mm de laine de bois (λ = 0,038), le R global de l’isolant sera : Rverre = 0,14 / 0,035 ≈ 4,0 m².K/W, Rbois = 0,06 / 0,038 ≈ 1,6 m².K/W, soit Rtotal isolant ≈ 5,6 m².K/W, auxquels on ajoute les contributions du mur, des parements, etc. Tant que le U de la paroi respecte les exigences de la RE2020 ou de l’audit, le fait d’utiliser deux matériaux différents n’est pas en soi un problème. Là où les choses se compliquent, c’est lorsque la paroi doit également répondre à des contraintes de déphasage, d’acoustique ou de feu : le bureau d’études devra alors vérifier que l’assemblage bicouche respecte tous les critères simultanément.

Position des pare-vapeur et membranes frein-vapeur dans l’assemblage bicouche

Les DTU et Avis Techniques insistent beaucoup sur la position et la continuité des membranes pare‑vapeur et frein‑vapeur. Dans un système mixte laine de bois / laine de verre, cette question devient centrale. De manière générale, quel que soit le nombre de couches d’isolant, le pare‑vapeur doit toujours être placé côté chaud de l’isolant (côté intérieur chauffé) et être le plus continu possible. Si la laine de verre est côté intérieur et la laine de bois côté extérieur, le pare‑vapeur sera positionné juste derrière le parement intérieur (BA13, lambris) et couvrira les deux isolants.

Dans certaines configurations, notamment avec laine de bois côté intérieur sur bâti ancien, on privilégiera un frein‑vapeur hygrovariable plutôt qu’un pare‑vapeur « rigide ». Ce type de membrane adapte sa perméabilité en fonction des saisons, laissant mieux sécher la paroi vers l’intérieur en été tout en limitant les flux de vapeur en hiver. Ce choix est particulièrement pertinent lorsque l’extérieur de la paroi n’est pas parfaitement ouvert à la diffusion (vieil enduit ciment, écran bitumeux non HPV, etc.). Quel que soit le cas, retenez ceci : multiplier les couches d’isolant ne doit jamais conduire à multiplier les pare‑vapeur. Une seule membrane, bien placée et bien posée, vaut toujours mieux que deux pare‑vapeur mal coordonnés qui risquent de piéger l’humidité.

Retour d’expérience sur les chantiers combinant fibre de bois et laine minérale

Sur le terrain, que disent les chantiers réalisés depuis une dizaine d’années avec des combinaisons laine de bois / laine de verre ou laine de roche ? Globalement, les retours sont plutôt positifs lorsque les règles évoquées plus haut sont respectées. En toiture comme en murs, les occupants rapportent souvent un meilleur confort d’été après ajout d’une couche de fibre de bois, sans dégradation sensible des performances hivernales. Dans les régions soumises à de fortes amplitudes thermiques (sud‑ouest, vallée du Rhône, zones urbaines surchauffées), la différence entre une isolation purement minérale et une isolation mixte devient particulièrement perceptible.

Les pathologies constatées sur ce type de systèmes sont, pour la plupart, liées à des défauts de mise en œuvre plutôt qu’à l’association des matériaux elle‑même : pare‑vapeur absent ou fortement percé, jonctions mal traitées en pied de paroi, écrans de sous‑toiture non ventilés, laine de bois en contact direct avec un pare‑pluie bitumineux non perspirant, etc. De nombreux forums spécialisés relatent des cas de combles réisolés en fibre de bois sous toiture ancienne sans écran HPV, où la combinaison avec une laine de verre existante est restée saine pendant des années, à condition que la ventilation de toiture (lame d’air sous couverture) soit correcte.

Un autre enseignement des retours d’expérience concerne la perception acoustique : les utilisateurs qui ont ajouté une couche de fibre de bois sur une isolation existante en laine de verre évoquent souvent une sensation de « cocon » plus silencieux, notamment vis‑à‑vis des bruits de pluie, de vent et des nuisances extérieures. Les professionnels, de leur côté, soulignent l’importance de la planéité et de la rigidité des panneaux de bois pour obtenir des parements bien finis, là où une laine de verre seule peut parfois laisser apparaître de légères irrégularités si l’ossature n’est pas parfaitement ajustée.

Analyse coût-performance d’une isolation mixte versus mono-matériau

Reste une question très pragmatique : est‑il réellement pertinent, d’un point de vue économique, de combiner laine de bois et laine de verre au lieu de choisir un seul matériau ? La laine de verre reste, à ce jour, l’un des isolants les plus compétitifs du marché en termes de coût par m² et par R. La laine de bois, elle, est sensiblement plus chère à performance thermique égale, même si les écarts de prix tendent à se resserrer. Une isolation 100 % fibre de bois sur une toiture ou sur des murs peut ainsi représenter un surcoût de 20 à 40 % par rapport à une solution 100 % laine de verre.

Dans cette optique, l’isolation mixte apparaît comme un compromis intéressant : en conservant la laine de verre comme isolant principal (moins cher, très bon lambda) et en ajoutant une épaisseur mesurée de fibre de bois là où le confort d’été et l’acoustique sont les plus critiques (toiture, pignons exposés, murs sud et ouest), vous optimisez le rapport coût / performance. Autrement dit, vous payez la « plus‑value fibre de bois » uniquement là où elle apporte une réelle plus‑value en déphasage et en inertie, sans devoir l’étendre à l’ensemble de l’enveloppe si votre budget est contraint.

Bien sûr, dans certains projets – maison très performante en RE2020, démarche bioclimatique poussée, recherche d’un bilan carbone exemplaire – le choix d’une isolation 100 % biosourcée peut se justifier pleinement, même au prix d’un investissement initial plus élevé. Mais pour de nombreuses rénovations, combiner laine de bois et laine de verre permet déjà de franchir un cap en confort thermique et acoustique, tout en respectant les exigences réglementaires et en maîtrisant la facture. La clé, comme toujours en isolation, n’est pas seulement dans le matériau choisi, mais dans la conception globale de la paroi et dans la qualité de mise en œuvre sur le chantier.